Ce livre fait partie des livres historiques de l'Ancien Testament. Il est reconnu comme canonique par toutes les traditions chrétiennes majeures et le judaïsme. Dans le canon hébreu, 1 et 2 Samuel forment un seul livre.
2 Samuel
Chapitre 19
On vint dire à Joab: Voici, le roi pleure et se lamente sur Absalom.
Et la victoire, ce jour-là, fut changée en deuil pour tout le peuple, parce que le peuple avait entendu dire: Le roi a du chagrin pour son fils.
Ce jour-là, le peuple rentra furtivement dans la ville, comme a fait furtivement un peuple honteux de sa fuite dans un combat.
Le roi s'était couvert le visage, et il criait à haute voix: Mon fils Absalom! Absalom, mon fils, mon fils!
Joab entra dans la maison du roi, et dit: Tu couvres aujourd'hui de honte la face de tous tes serviteurs, qui ont aujourd'hui sauvé ta vie, la vie de tes fils et de tes filles, la vie de tes femmes et de tes concubines.
Tu aimes ceux qui te haïssent et tu hais ceux qui t'aiment; car tu montres aujourd'hui qu'il n'est pour toi ni chefs ni serviteurs; et je vois maintenant que, si Absalom vivait et que nous soyons tous morts, tu trouverais cela bien.
Lève-toi donc, sors, et parle au cœur de tes serviteurs! Car je jure par l'Éternel que, si tu ne sors pas, il ne restera pas un seul homme avec toi cette nuit; et ce sera pour toi un plus grand malheur que tous ceux qui te sont arrivés depuis ta jeunesse jusqu'à présent.
Le roi se leva, et s'assit à la porte. On fit savoir à tout le peuple: Voici, le roi est assis à la porte. Et tout le peuple vint devant le roi. Cependant Israël s'était enfui, chacun dans sa tente.
Dans toutes les tribus d'Israël, tout le peuple était en contestation, et l'on disait: Le roi nous a délivrés de la main de nos ennemis, c'est lui qui nous a sauvés de la main des Philistins; et maintenant il a dû fuir du pays devant Absalom.
Et Absalom, que nous avions oint pour qu'il régnât sur nous, est mort dans la bataille. Pourquoi donc ne parlez-vous pas de ramener le roi?
Le roi David envoya dire aux sacrificateurs Tsadok et Abiathar: Parlez aux anciens de Juda, et dites-leur: Pourquoi seriez-vous les derniers à ramener le roi chez lui? Les discours de tout Israël sont parvenus jusqu'au roi, dans sa maison.
Vous êtes mes frères, vous êtes ma chair et mes os; pourquoi seriez-vous les derniers à ramener le roi?
Vous direz aussi à Amasa: N'es-tu pas mon os et ma chair? Que Dieu me traite dans sa plus grande rigueur, si tu n'es pas toujours devant moi à la tête de l'armée, à la place de Joab!
Il fléchit le cœur de tous les hommes de Juda, comme s'ils n'eussent été qu'un seul homme; et ils firent dire au roi: Reviens, toi et tous tes serviteurs.
Le roi revint; et lorsqu'il arriva au Jourdain, Juda se rendit à Guilgal pour aller à la rencontre du roi et lui faire passer le Jourdain.
Schimeï, fils de Guéra, Benjamite, qui était de Bachurim, se hâta de descendre avec les hommes de Juda à la rencontre du roi David.
Il avait avec lui mille hommes de Benjamin. Tsiba, serviteur de la maison de Saül, vint aussi avec ses quinze fils et ses vingt serviteurs, et ils passèrent le Jourdain devant le roi.
Ils s'employèrent à faire passer le bac, et ils transportèrent la maison du roi, et se mirent à son service. Schimeï, fils de Guéra, se jeta aux pieds du roi, lorsqu'il eut passé le Jourdain,
et dit au roi: Que mon seigneur ne tienne pas compte de mon iniquité, qu'il oublie ce que ton serviteur a fait de coupable le jour où mon seigneur le roi sortit de Jérusalem; que le roi n'y prenne pas garde!
Car ton serviteur reconnaît qu'il a péché. Voici, je viens aujourd'hui le premier de toute la maison de Joseph, afin de descendre à la rencontre de mon seigneur le roi.
Abischaï, fils de Tseruja, prit la parole et dit: Schimeï ne doit-il pas être mis à mort pour avoir maudit l'oint de l'Éternel?
Mais David dit: Qu'ai-je affaire avec vous, fils de Tseruja, pour que vous me soyez aujourd'hui des adversaires? Ferait-on mourir aujourd'hui un homme en Israël? Ne sais-je pas que je suis aujourd'hui roi d'Israël?
Et le roi dit à Schimeï: Tu ne mourras point! Et le roi le lui jura.
Mephiboscheth, fils de Saül, descendit aussi à la rencontre du roi. Il n'avait point soigné ses pieds, point fait sa barbe, point lavé ses vêtements, depuis le jour où le roi était parti jusqu'à celui où il revenait en paix.
Lorsqu'il vint de Jérusalem au-devant du roi, le roi lui dit: Pourquoi n'es-tu pas venu avec moi, Mephiboscheth?
Il répondit: O roi, mon seigneur, mon serviteur m'a trompé; car ton serviteur disait: Je ferai seller mon âne, je le monterai, et j'irai avec le roi, puisque ton serviteur est boiteux.
Et il a calomnié ton serviteur auprès de mon seigneur le roi. Mais mon seigneur le roi est comme un ange de Dieu; fais ce qui te semblera bon.
Car, bien que la maison de mon père n'ait mérité que la mort de la part de mon seigneur le roi, tu as pourtant traité ton serviteur parmi ceux qui mangent à ta table. Quel droit puis-je avoir encore, et que puis-je encore demander au roi?
Le roi lui dit: A quoi bon toutes tes paroles? Je déclare que vous partagerez les terres, toi et Tsiba.
Mephiboscheth dit au roi: Qu'il prenne même le tout, puisque mon seigneur le roi rentre en paix dans sa maison.
Barzillaï de Galaad descendit aussi à Roguelim, et passa le Jourdain avec le roi, pour l'accompagner jusqu'au delà du Jourdain.
Barzillaï était très vieux, âgé de quatre-vingts ans; et il avait entretenu le roi pendant son séjour à Mahanaïm, car c'était un homme très riche.
Le roi dit à Barzillaï: Viens avec moi, je te nourrirai chez moi à Jérusalem.
Mais Barzillaï répondit au roi: Combien d'années vivrai-je encore, pour que je monte avec le roi à Jérusalem?
Je suis aujourd'hui âgé de quatre-vingts ans. Puis-je discerner ce qui est bon de ce qui est mauvais? Ton serviteur peut-il goûter ce qu'il mange et ce qu'il boit? Puis-je encore entendre la voix des chanteurs et des chanteuses? Pourquoi ton serviteur serait-il encore à charge à mon seigneur le roi?
Ton serviteur passera un peu le Jourdain avec le roi; pourquoi le roi me donnerait-il une telle récompense?
Permets que ton serviteur s'en retourne, et que je meure dans ma ville, près du sépulcre de mon père et de ma mère. Mais voici ton serviteur Kimham; qu'il passe avec mon seigneur le roi, et fais pour lui ce qui te semblera bon.
Le roi dit: Que Kimham passe avec moi, et je ferai pour lui ce qui te semblera bon; et tout ce que tu désireras de moi, je te l'accorderai.
Tout le peuple passa le Jourdain, et le roi le passa aussi. Le roi baisa Barzillaï et le bénit; et Barzillaï s'en retourna chez lui.
Le roi se rendit à Guilgal, et Kimham l'accompagna. Tout le peuple de Juda et la moitié du peuple d'Israël avaient fait passer le Jourdain au roi.
Alors tous les hommes d'Israël vinrent auprès du roi, et dirent au roi: Pourquoi nos frères, les hommes de Juda, t'ont-ils enlevé, et ont-ils fait passer le Jourdain au roi, à sa maison, et à tous ses gens?
Tous les hommes de Juda répondirent aux hommes d'Israël: Parce que le roi nous est plus proche; et pourquoi t'irrites-tu de là? Avons-nous mangé aux dépens du roi? Nous a-t-il fait quelque présent?
Les hommes d'Israël répondirent aux hommes de Juda, et dirent: Nous avons dix parts sur le roi, et même David est plus à nous qu'à vous. Pourquoi nous as-tu méprisés? N'avons-nous pas les premiers parlé de ramener notre roi? Et les hommes de Juda parlèrent avec plus de violence que les hommes d'Israël.